Partout autour de la planète, sur les plages comme dans les rivières, légalement ou illégalement, le sable est ponctionné. Et en Asie, l'extraction se fait à une échelle colossale, notamment pour répondre aux appétits de construction du géant chinois et de Singapour. D'après un décret paru le 10 juillet, il est maintenant interdit d'exporter de façon permanente toute sorte de sable de construction depuis la province de Ko Kong (sud-ouest du pays). Cette région à trois heures de Phnom Penh est la plus importante pourvoyeuse de sable pour l'export.

"Si nous continuons à permettre l'extraction de sable à grande échelle pour l'exportation, cela va profondément affecter l'environnement et les communautés locales", a expliqué à l'AFP Meng Saktheara, porte-parole du ministère des Mines et de l'Energie. Indispensable à l'industrie, le sable est présent dans quantité de produits : verre, papier, puces électroniques ou plastique. Mais surtout, il représente 80% de la composition du béton. Aujourd'hui, c'est la deuxième ressource naturelle la plus consommée dans le monde après l'eau, avec 30 milliards de tonnes utilisées tous les ans. Ce n'est pas la première fois que le Cambodge publie un tel décret mais l'exploitation n'a jamais cessé, explique Meng Heng de l'ONG Mother Nature.

"Nous ne pensons pas que cela puisse stopper les exportations à 100%", explique-t-il, dans un pays où la corruption reste généralisée. Cette région côtière n'est pas la seule à inquiéter les défenseurs de l'environnement. "Nous souhaitons que les exportations soient interdites dans tout le pays, et cela veut dire aussi le sable du Mékong", ajoute Meng Heng. Au Laos comme au Cambodge, d'immenses parties de cet immense fleuve sont en danger à cause de l'extraction sans encadrement du sable. Le Mékong produit autour de 20 millions de tonnes de sédiments par an, mais 50 millions en sont extraits dans le même temps, d'après les dernières études.